Le marché immobilier français affiche une résistance étonnante malgré un contexte économique et géopolitique particulièrement agité. Le dossier spécial immobilier du Figaro Magazine de fin mai 2026 dresse un bilan nuancé : des professionnels entre confiance et vigilance, des taux de crédit sous surveillance, des acheteurs sélectifs mais motivés, et une fenêtre de tir à saisir pour ceux qui ont un projet. Décryptage.
Alors que les mauvaises nouvelles s'accumulent sur les scènes internationale et nationale, le marché immobilier affiche des performances étonnamment solides, du moins dans l'ancien. Selon les derniers chiffres des notaires, le niveau des transactions se maintient à 958 000 ventes sur 12 mois glissants à fin février 2026. Un chiffre tout à fait satisfaisant qui témoigne de la résilience de la pierre face aux vents contraires.
Dans l'écrasante majorité des cas, les évolutions trimestrielles des prix restent comprises entre -1 % et +1 %, et les évolutions annuelles demeurent très sages. La modération domine largement le marché, avec des prix proches de leur niveau d'équilibre selon les professionnels interrogés.
Si le volume global reste soutenu, le profil des acheteurs a évolué. Les professionnels s'accordent à décrire une clientèle plus exigeante, plus sélective, qui dispose d'une offre importante et de qualité. Les acheteurs veulent acheter, mais refusent de surpayer. Cette nouvelle donne impose aux vendeurs de positionner leur bien au juste prix dès la mise en vente.
Les réseaux spécialisés dans le haut de gamme et le luxe confirment une dynamique particulièrement solide sur leurs segments. Les biens de caractère et les châteaux se révèlent même des valeurs refuge en période troublée, avec une demande étrangère toujours active.
Du côté du financement, les signaux sont en train de passer à l'orange. Les taux sont tendanciellement à la hausse depuis fin 2025, avec des augmentations modérées. La guerre en Iran a changé la donne : elle alimente la flambée des prix de l'énergie et, par ricochet, l'inflation.
Selon les courtiers, les meilleurs profils ont subi des hausses en avril avec des taux à 3 % sur 15 ans, 3,05 % sur 20 ans et 3,20 % sur 25 ans. Ce n'est que le début. Les professionnels évoquent des hausses potentielles de 25 à 50 points de base d'ici l'été, ce qui réduirait mécaniquement le pouvoir d'achat des acquéreurs.
Un phénomène préoccupant monte en puissance : l'effet du taux d'usure. Sur les 6 000 dossiers signés au premier trimestre 2026 chez Cafpi, 14 % sont d'ores et déjà bloqués par ce plafond légal. Si la progression des taux se poursuit, ce sont 20 % des demandes qui pourraient être refusées au début de l'été.
Ce blocage touche particulièrement les ménages de 60 ans et plus, bien qu'ils soient souvent aisés, ainsi que les primo-accédants aux profils plus atypiques. Pour débloquer leur dossier, ces emprunteurs doivent jouer sur la durée, l'assurance ou les frais de dossier.
Malgré ce contexte, les prêts à taux bonifiés restent accessibles, y compris pour les emprunteurs standards. Jusqu'à l'été, la plupart des banques reconduisent leurs prêts compris entre 0 et 2,5 % (hors assurance), pour l'achat d'une résidence principale ou un investissement locatif. Ces dispositifs sont cumulables avec le prêt principal et peuvent faire baisser le taux effectif sous les 3 %, voire sous les 2 % pour un achat dans le neuf.
La guerre en Iran et la présidentielle de 2027 créent un contexte peu propice à l'attentisme. Les professionnels interrogés par le Figaro Magazine sont unanimes : ceux qui ont un projet doivent le concrétiser sans tarder. L'attentisme est toujours défavorable. Attendre, c'est prendre le risque d'avoir son bien immobilier sur les bras pendant deux ans, jusqu'en 2028.
Pour les vendeurs, accepter les propositions d'achat en phase avec le marché devient impératif. Les biens surestimés restent longtemps invendus et finissent par subir une forte correction. Ceux qui ont compris cela vendent.
En dehors des grandes métropoles et des zones littorales très recherchées, les marchés de villes comme Le Mans offrent un rapport qualité-prix attractif que les acheteurs apprécient de plus en plus. Les prix y restent accessibles, les biens de caractère nombreux, et la demande pour des maisons avec jardin reste très soutenue. Dans ce contexte national tendu, la Sarthe constitue une alternative sérieuse pour les acquéreurs qui recherchent de la qualité de vie sans les prix parisiens.
À Paris, le prix moyen au m² des appartements anciens oscille selon les arrondissements entre 7 618 € (19e) et 13 515 € (6e arrondissement, +1,26 % en glissement annuel). Dans les grandes communes d'Île-de-France, les prix s'échelonnent de 6 088 €/m² à Malakoff à 9 873 €/m² à Neuilly-sur-Seine pour les appartements.
Les évolutions annuelles restent modérées, avec des hausses contenues sur Paris (+1,71 % pour les appartements) et quelques corrections dans certaines communes de l'Ouest parisien comme Saint-Cloud ou Versailles.
Dans les grandes métropoles régionales, les tendances divergent nettement. Cannes affiche les prix les plus élevés avec 5 951 €/m² pour les appartements (+4,1 % sur un an), suivi d'Annecy à 5 238 €/m². À l'inverse, Nantes recule encore légèrement (-2,66 %) tout comme Bordeaux (-0,61 % pour les appartements). Certaines villes moyennes tirent leur épingle du jeu, comme Cherbourg-en-Cotentin (+5,64 % sur un an) ou Arles (+4,07 %).
Le marché immobilier de mi-2026 est celui de la réalité retrouvée : des prix proches de l'équilibre, des acheteurs motivés mais exigeants, des vendeurs qui doivent accepter les règles du jeu, et des taux qui appellent à agir sans attendre. Pour ceux qui ont un projet en Sarthe ou au Mans, le moment reste favorable, à condition d'être bien accompagné et d'avoir un dossier solide.